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Interview : Fall Industry, le collectif techno qui secoue la scène toulousaine

Eugénie - Photographie

Nous avions rendez-vous le vendredi 9 juin en fin d’après-midi avec Simon, la moitié de l’excellent duo techno toulousain ERROR508 mais qui demeure également le vice-président de Fall Industry, structure qui propose des événements techno dans des lieux parfois insolites. Ce fut pour nous l’occasion de parler de l’association toulousaine mais aussi, de manière plus large de la scène toulousaine, qui ne s’est jamais aussi bien portée. Enfin, nous avons également évoqué les deux grands événements que prépare Fall Industry : la soirée Foreground 2 du 16 juin au Bikini avec la présence d’Ansome, Inigo Kennedy, Stranger et Psaum et la soirée Off des Siestes Electroniques qui se déroulera dans un lieu secret le 30 juin. Le patriarche Adam X, SHDW et Obscur Shape et les Chineurs de Toulouse (Logg, Komeme) seront de la partie. Nous avons hâte de vous y retrouver tant ces deux affiches sont alléchantes.

SE | Simon, peux-tu te présenter ?

Je suis vice président de l’association Fall Industry, je m’occupe de toute la partie direction artistique, choix et booking des artistes, je participe aussi à l’organisation des soirées et de sa cohérence dans la communication, mais aussi de l’évolution artistique de l’association dans les années à suivre.

Photo: Eugénie – Photographie

SE | Peux-tu nous parler de Fall Industry, de son histoire et de ses membres  ?

Bien sûr, elle a été crée en 2014 par un groupe de potes passionnés par la techno et qui avaient envie d’avoir plus d’événements techno à Toulouse, parce qu’avant il y en avait beaucoup moins que maintenant, de temps en temps au Bikini, l’Inox était en place et c’était un peu l’exemple. Au fil des années, il y a eu des gens qui restent, d’autres qui partent parce qu’ils ont plus ou moins le temps. Aujourd’hui, notre équipe a un peu changé même si les fondateurs sont toujours là. Pour les membres actuels, on à Gabriel qui est l’un des fondateurs, Violette qui gère les bénévoles qui vont consacrer de leur temps pour aller flyer, servir au bar et ils sont hyper importants au niveau opérationnel, car sans eux, on ne pourrait pas continuer. On a aussi Hugo qui s’occupe de la communication sur les réseaux sociaux, Lois qui apporte un background plus culturel, Tom qui fait partie des fondateurs, son action se rapporte aux supports, Emilie qui gère les déplacements des artistes et la communication avec les bookers sur des questions très administratives.

SE | Et en termes de concept, qu’avez-vous essayé de développer ?

Le concept, ce n’est pas compliqué: essayer de faire bouger les choses à Toulouse, faire de la techno plus ou moins grand public, on peut aller vers des choses profondes et hard comme du Ansome ou plus grand public comme François X qui va faire des sets moins fermés , on peut proposer des sets très pointus comme du Inigo Kennedy ou perchés à l’instar de Sigha que l’on a vu à la Dynamo. On aime aussi dénicher des artistes avant qu’ils soient connus, par exemple, auparavant à la Dynamo, on avait invité l’artiste Dax J en décembre 2015, maintenant qui imaginerait Dax J à la Dynamo ? On aime proposer ce genre de truc quand on est sur des scènes plus petites, pour les Off des Siestes Electroniques on va faire venir SHDW et Obscure Shape, on essaie aussi de pousser la scène locale.

De plus, on envisage la techno de telle sorte qu’elle soit ouverte à tous.

« On veut faire des soirées où tout le monde est au même niveau, on n’aime pas la hype. »

Je suis content de voir tous les milieux sociaux dans les soirées qu’on organise, c’est vraiment important pour moi. Personnellement, je suis sorti dans pas mal d’endroits en Europe, je suis allé à Berlin, j’ai vécu un an à Bruxelles et je me réfère beaucoup à cette ville parce que tu avais des garçons habillés en survêtements, des personnes habillés n’importe comment et on était tous au même niveau et ça, c’est vraiment un esprit qu’on veut garder. C’est pour cette raison qu’on essaie toujours de faire des places les moins chères possible par rapport aux artistes qu’on programme et pour nous, c’est très important que la techno reste quelque chose de démocratique, qu’il n’y ait pas de sélections à l’entrée uniquement sur critères physiques et sociaux, ou à partir de gens qui se sentent plus appartenir à ce mouvement qu’à d’autres. On est tous au même niveau et on tous là pour faire la fête avant tout.

Crédit photos : Eugénie – Photographie

SE | Justement, que penses-tu de la scène locale concernant ses points forts, mais aussi ses lacunes ?

Franchement, il ne faut pas se mentir, sur le plan artistique, Toulouse n’a rien à envier à aucune autre grande ville : elle est devenue l’une des scènes parmi les plus dynamiques de France surtout quand on met cela en relation avec la taille de la ville. Tous les mois, il y a un EP qui sort d’un artiste de Toulouse et ce, au travers de multiples labels techno hyper pointus, on a Longway Records, Kolkoz Records, etc. Tout ça pour dire qu’à Toulouse, on a une grosse scène et beaucoup d’artistes.

Après, j’avoue que niveau club, c’est chaud. En fait, le problème est que nous avons une très grosse salle, le Bikini mais en dehors de ça, pour faire de la techno, c’est un peu compliqué. Le Cri de la Mouette s’est récemment ouvert à la techno et pour cela, on peut remercier les Chineurs de Toulouse, Psaum notamment, qui ont convaincu son propriétaire Erich Sperling. A la base, le club ne voulait faire que des concerts acoustiques, mais ils ont vu qu’ils avaient de moins en moins de groupes donc ils se sont ouverts à la house et depuis peu à la techno. Avec Fall Industry, ce n’est pas des clubs où l’on se positionne, car c’est trop petit. On est intéressé par des événements de plus grandes dimensions comme le Bikini ou le Off des Siestes Electroniques qui se déroulera dans un bâtiment de plus de 1500m2. Ce que l’on cherche avant tout, si l’on n’est pas au Bikini, c’est des endroits originaux comme la Chapelle des Carmélites ou le Off de l’an dernier au Plate-Up, on a organisé à l’espace Cobalt aussi.

Crédit: Thoma’s Larralde

SE | Comment vois-tu la scène toulousaine évoluer ?

Je reste hyper positif, car elle est vivante. Auparavant à Toulouse, c’était compliqué, il y avait beaucoup de crew qui étaient là pour promouvoir le dj mais plus « l’image » que la musique. Avec les associations, il y a eu du changement, elles ont donné un nouvel élan. Avant de pousser des djs, on pousse des artistes qui sortent des EPs, qui travaillent leurs productions, qui s’enferment en studio et c’est ça pour moi une scène vivante : ce n’est pas des djs qui sont juste là pour frimer mais des gars qui bossent chez eux enfermés et qui ne se pavanent du genre: « Je suis à la mode sur Facebook. ». Quand ils vont jouer, ils ont un background artistique, ce n’est pas la fashion week (rires).

Quand je vois des artistes qui montent et des salles qui vont s’ouvrir, je me dis qu’il y a de l’espoir à Toulouse pour la musique électronique, au sens large du terme.

SE | À ton avis, pourquoi n’y a-t-il pas davantage de lieux ouverts à la techno, diras-tu qu’il y a encore des réticences face à ce genre musical ?

Je ne sais pas, il y a plusieurs raisons. Des lieux, il y en a. Par exemple, pourquoi le Métronum ne fait-il pas des soirées comme au Bikini ? C’est l’entre deux qu’il faut entre un club comme le Cri de la Mouette où il y a deux cents personnes, tellement tassées qu’elles ne respirent plus et un Bikini où tu peux faire entrer 1500 personnes. Le Métronum, de mémoire fait entre 600 et 700 personnes, c’est l’endroit parfait. Mais ça ferme à 2 heures. Après, il y a des choses qui bougent et qui vont peut-être arriver dans l’année 2017-2018, il y a des ouvertures donc il ne faut pas perdre espoir. Des choses arrivent en tous cas pour la techno et tous les autres styles de musiques électroniques.

SE | Nous l’espérons. Peux-tu nous parler des deux prochaines soirées : Foreground 2 et un Off des Siestes Electroniques à Toulouse ?

Pour la Foreground 2, on reste dans le même esprit que la première édition donc sur de la techno pas mainstream mais diversifiée. On commence avec Inigo Kennedy qui représente la techno hyper fine, hyper travaillée, on est sur de belles mélodies, la plupart de ses morceaux sont des chefs-d’œuvre. Après, on a Stranger qui représente la techno rave comme on l’entend aujourd’hui sur les raves hollandaises : gros kicks, grosses basses, gros synthés. C’est vraiment l’esprit rave et c’est pour ça que nous l’avons invité. Ensuite, il y a Ansome, il incarne la techno « industrielle », franchement, si l’on devait avoir un fer-de-lance dans ce genre, dans ce qu’il a de plus jeune aujourd’hui et qui représente la nouvelle génération, ça serait lui. Pour moi, il est le digne successeur de Perc, c’est revendiqué d’ailleurs parce qu’il l’a fait signer plein de morceaux chez Perc Trax, il a fait plusieurs remixes sur ses albums, il a monté aussi son propre label, South London Analogue Material, qui est une tuerie. Franchement, dans la techno anglaise, il incarne quelque chose. Il était déjà venu à Toulouse mais on voulait l’inviter au Bikini car son sound-system va rendre honneur à la complexité de ce qu’il fait avec ses modulaires. C’est un son très brut de décoffrage, il faut un system-sound à la hauteur sinon, ça sonne mal. Pour accompagner ces 3 acteurs majeurs, on a Psaum, patron du label Chineur de Techno, en passe de devenir un dj incontournable en France, nous prépare un set à la hauteur de sa réputation de puriste et de grand digger.

La deuxième soirée, c’est le Off des Siestes Électroniques, c’est la deuxième édition que l’on fait. On n’a pas diffusé le lieu cette année, mais ça va être aussi grand que l’an dernier donc esprit warehouse avec une grande salle qui peut accueillir jusqu’à 1500 personnes. On a voulu faire une soirée dans l’esprit rave avec la nouvelle génération que l’on pense pouvoir être incarnée par SHDW et Obscur Shape mais nous avons aussi l’ancienne génération avec Adam X qui est LE patron, c’est le papa de cet esprit-là. Au niveau de la scène locale, on a mis en avant les Chineurs de Toulouse, c’est leur première soirée en tant que crew sur un gros plateau et c’est une fierté pour nous de pouvoir leur offrir. Il y aura Komeme qui est plus house et Logg plus techno, plus connu sous son autre nom House : Vote Blanc. C’est un excellent dj, un gars que j’apprécie énormément, il mixe aussi bien de la house que de la techno, il a une culture énorme et je trouve ça génial. Ensuite, il y aura mon duo ERROR508 et pour finir sur les deux têtes d’affiche de la soirée dont on parlait juste avant.

SE | Merci Simon !

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