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Interview : À la rencontre de Mangabey et Khalk

KHALK b2b Mangabey © Louis Derigon

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SE | À quand remonte votre rencontre avec Boussole Records ?

Khalk : Je n’ai pas été dans le label dés le départ, parce que Boussole s’est d’abord monté en collectif et ensuite ils se sont transformés en label, j’en ai entendu parler à ce moment là quand ils faisaient des soirées. A l’époque, j’étais chez Bambousek Records qui sont sur Paris, alors que moi j’étais seul à Toulouse, je connaissais la petite bande qui m’a fait rencontrer Antonin (CEO de Boussole Records) qui a bien aimé ce que je faisais, du coup, il m’a proposé d’entrer dans le label. C’est à partir de ce moment que je suis entré à Boussole, il y a deux ans donc.

Mangabey : Je suis un des co-fondateurs de Boussole, j’étais là dés le début : Antonin, François (ndlr François Ier), Romain et moi. En fait on était un collectif d’amis et on a décidé de monter ça parce qu’on aimait le même genre de musique, c’est à dire la musique électronique dans le sens large, c’est à dire house, electronica, techno. Au début, on pensait pas que ça allait monter, à partir du moment où avec François on a commencé à faire des soirées, à arriver au Bikini, on s’est dit qu’il fallait vraiment monter un label, mais aussi investir sur des soirées, sur des releases. Ma rencontre avec Khalk m’a permis aussi de faire un EP chez Bambousek et lui est venu chez nous. On a fait un échange de bon procédé on va dire.

SE | Dans quelle mesure ce label a été important pour vous ?

Khalk : Ça m’a donné de la visibilité au final. Dés que je suis entré à Boussole et que j’ai sorti un morceau, il a eu dix fois plus d’écoutes que lorsque je le sortais seul donc ça fait très plaisir quand on écoute ta musique. Ensuite, il y a la partie booking. Quand je suis entré à Boussole, j’ai joué trois fois par mois pendant trois mois !

Mangabey : Pour moi, cette question est assez compliquée parce que vu que j’ai été un des co-fondateurs de Boussole, on est parti du collectif et on est monté au fur et à mesure. Khalk est arrivé au moment où Boussole a fait une expansion d’un coup.

Khalk : C’est pas grâce à moi.

Mangabey : Un petit peu quand même ! Un petit peu. Il a ramené un bon public – en s’adressant à nous -. En fait, les gens attendaient sur cette expansion des choses plus éclectiques. Quand on fait des soirées, on peut commencer par un type de musique et finir sur de la grosse techno, parce ce que en fin de soirée, on a envie d’un truc qui tape et voilà ! Ce principe de soirée, il y en avait aucune à Toulouse.

Khalk : J’adore la house mais c’est vrai qu’une soirée house qui commence à 23 heures et qui termine à 5 heures du matin avec de la house, à la fin, on en a un peu plein la tête. C’est mieux quand ça change de style, même des trucs improbables.

Mabagbey : Comme DJ Rashad ou même du Grime presque. Nous en fait, on veut que les gens se plaisent dans leur soirée du début à la fin, c’est ce que les toulousains attendaient, c’est ça qui nous a fait monter à Toulouse et qui nous a fait connaître un peu nationalement. Après je peux parler de ce que Boussole m’a apporté parce que je suis dedans depuis le début, ça m’apporté ma carrière.

De gauche à droite : Paul, Mangabey, Antonin, Romain et KHALK

De gauche à droite : Paul, Mangabey, Antonin, Romain et KHALK (Axel)

A lire : Interview de Boussole Records 

 

SE | Quelles sont vos influences ? Comment avez vous commencé votre carrière?

Khalk : Le premier son qui m’a donné envie de faire de la house, c’est un peu con, mais sur le film 99 Francs, la scène où il y a « The egg », où il fait un « bad trip » et après j’ai voulu faire du son et j’arrivais pas à faire de la house, du coup j’ai fait du hip-hop. J’ai rien contre ce style mais c’est le seul truc que j’écoutais beaucoup à l’époque donc je savais mieux le faire mais après le hip-hop j’ai écouté beaucoup de house et je m’y suis lancé.

SE | Et les débuts ? En club ?

Khalk : Faut pas se mentir, c’est super dur de jouer parce qu’il y a beaucoup, beaucoup de dj maintenant et pour commencer c’est vrai que c’est super chaud si on a pas de contact.

Mangabey : A un moment donné tu as beaucoup de djs, mais tu ne te démarques par rapport à l’idée que t’as de ton mix. C’est à dire que tu pars d’un point pour en arriver à un autre. La plupart des dj qu’on voit maintenant et c’est pas méchant ce que je vais dire, parce qu’ils gagnent bien leur vie, mieux que nous je pense mais ils passent la musique que les gens veulent. Des musiques qu’on entend à la radio. J’ai halluciné quand l’album de Daft Punk est sorti, on nous a passé ça tous le temps ! Ça m’a insupporté à un point. Daft Punk qui est l’une de mes inspirations, quand j’avais dix ans, au final ça m’a un peu dégoûté.

Pour en revenir à la question, moi j’ai commencé dans le jazz, je suis pianiste jazz en fait à la base, à l’époque je n’ai écouté que du hip hop et la musique électronique je supportais pas. Quand j’avais 17-18 ans, mes potes s’y sont mis à fond, on était vers 2008, c’était la période de l’électronique trash et je trouvais ça insupportable ! J’avais pas le recul de maintenant, de ces 4 dernières années. La house a été créée à Chicago, Détroit, les sonorités qu’il y avait, c’était de l’influence disco/funk, et c’est que j’aimais depuis toujours ! Je faisais du gros hip-hop avant, du hip-hop/jazz plus précisément mais c’est mes amis, dont François (François Ier) qui m’ont lancé dans la musique électronique. Il y avait quelque chose qui me plaisait aussi beaucoup dans ce genre, t’avais pas un rapper à côté, c’était vraiment toi qui faisait la musique. Vu que j’étais compositeur, on m’a proposé de jouer en club, de faire un tremplin et à ce moment j’ai eu peur. Je ne voulais pas le faire tout seul, donc j’ai commencé avec François. J’ai lui ai demandé : « Vas y, on fait ça à deux ! », à la base il n’était pas musicien à ce moment là, mais il était très audiophile. Je dirai pas le nom du groupe parce que … (rire)

KHALK b2b Mangabey © Louis Derigon

KHALK b2b Mangabey © Louis Derigon

SE | Et pourquoi pas ?

Mangabey : On s’appelait Placid et Muso ! (rires) On a commencé ça et étonnamment, ça a super bien marché pour un tremplin un soir. Au fur et mesure, on a continué, ça nous a plu et c’est comme ça qu’on est entré dans le coté club, djing et tout ça.

SE | Il y a beaucoup de djs qui se forment en collectifs, pour jouer en salles ou en festivals, vous pensez que cet aspect du métier change la manière de faire de la musique ?

Khalk : L’aspect collectif permet d’apprendre beaucoup. Tout seul derrière son ordi à regarder des tutos sur YouTube pour apprendre à faire un kick, ce n’est pas la même chose. José (nldr Mangabey) m’a beaucoup appris niveau technique. Bosser en groupe c’est super agréable, ça permet de s’amuser et se détendre après avoir bossé, je parle de boire, bien sûr ! (rires). Ensuite, c’est une question d’histoire, les djs de Detroit ont amené une musique qui s’est jouée dans les caves d’abord, ensuite elle est arrivée dans les salles, parce qu’il y a eu une démocratisation on va dire.

Mangabey : Le fait que ça se joue de moins en moins en clubs et de plus en plus salles de concert ; c’est que ce genre de musique se démocratise, c’est plus un tabou de parler de techno, il n’y a plus un vieux qui va venir nous voir et qui va nous dire : « Vous faîtes une musique de sauvage ». Je sais que je peux parler avec mes parents de cette musique, sans qu’il y ait une appréhension derrière. Aujourd’hui, ça se joue en salles de concert, en extérieur, ça s’ouvre au monde. Ce qui est bizarre, c’est que le club n’est pas quelque chose qui renferme. Le club, c’est ce qu’on appelle « l’underground », et justement comme l’a dit Laurent Garnier dernièrement : « l’undergound ne veut plus rien dire » parce que maintenant, beaucoup de personnes écoutes de la techno, tous les jeunes qu’on voit aussi, tout cela, c’est Internet qui a démocratisé ce genre de musique.

Khalk : L’internet, c’est la radio pirate de l’époque.

Mangabey durant son set lors de la realese de juillet 2016 au Bikini.

Mangabey durant son set lors de la realese de juillet 2016 au Bikini. © Louis Derigon

SE | Comment vous définiriez votre style musical ?

Khalk : Moi je fais de la house, je dérive un peu sur des styles bizarres parce que j’aime pas rester dans un style house pur. Il y a un truc qui m’a beaucoup plu que j’ai découvert il y a un an, c’est le low-fi, ça sonne comme une vieille track dégueulasse, que tu récupères dans ta cave, comme une cassette. Je trouve que ça donne un charme énorme à la musique et si tu m’avais fait écouté ça il y a trois ans, je t’aurais dit « Mas c’est quoi ce truc ? ». Donc j’essaie toujours d’évoluer.

SE | Justement, tu t’es pas libéré dans la compilation III ?

Khalk : Peut-être mais c’était un son spécial car c’était une collaboration, à part avec José, j’en avais jamais fait on va dire, et sur cette compilation, c’était avec Maarius de Bordeaux, une ville qui a une scène electro extraordinaire, on s’est permis de faire des trucs que j’aurais pas osé tout seul.

Mangabey : Mon style est de la house. Quand je compare mes tracks à Axel (nldr Khalk) que j’aime beaucoup, je vois qu’il module beaucoup moins que moi. Je suis pianiste depuis 15 ans, je peux dire qu’Axel dans le sens où ce côté minimaliste donne une ambiance et une pesanteur très cool. Je fais de la house et je définirais mon style comme de la « house/jazz », parce que j’ai toujours mon influence jazz, j’aime bien faire un solo au beau milieu d’un morceau, je suis musicien avant tout.

SE | De quelle manière composez-vous ? Pensez-vous qu’il soit important de maîtriser la musique acoustique pour faire de l’électronique ?

Khalk : Moi, je dirais non, tout simplement. J’ai fait de la clarinette et de la batterie mais apprendre à jouer d’un instrument ne me semble pas obligatoire. Tout le monde, avec un peu d’entraînement peut reconnaître les fausses notes, donc quand on commence à composer sur un programme avec des notes, on comprend petit à petit et c’est très ludique en fait. Je pense pas que l’on doive avoir une formation de musicien car les techniques d’aujourd’hui, permettent d’avoir un système très ludique pour composer mais ce n’est pas « plus facile », car pour faire quelque chose de bien il faut bosser, en revanche pour capter le système de composition, ça vient vite.

KHALK b2b Mangabey © Louis Derigon

KHALK b2b Mangabey © Louis Derigon

Mangabey : C’est ce que je disais tout à l’heure, moi qui ai fait beaucoup de musique, notamment du jazz, je me suis retrouvé fermé. Les sons qui marchent le mieux sont ceux qui trottent dans la tête avec maximum 5 accords, sinon c’est mort. Le principe de composition, il faut pas obligatoirement être musicien et ce n’est peut être mieux de ne pas l’être à la base. Etre audiophile, sûrement et même complètement mais être musicien, c’est plus difficile d’une certaine manière. Si je veux faire mes trucs, mes tracks passeront aux oubliettes, mais quelques chose qui marque d’un coup parce que la track a déjà été entendu quelque part, ça marchera. Moi, il y a pleins de tracks où tu entends le vocal en dissonance avec les accords et en fait la track, est 100 fois mieux parce qu’il y a ce côté « grungy » qui est indispensable dans ce genre de musique. Sinon, c’est une question complexe, c’est bien d’avoir les deux. Comme le dit Axel, être musicien aide à faire des choses, tandis que quelqu’un qui ne connaît rien à la musique, aura beaucoup plus de difficultés à composer par rapport à celui, qui sait ce qu’est une mesure.

SE | Dans quel sens aimeriez-vous faire évoluer votre musique ?

Mangabey : Pour ma part, j’ai monté un live house en mélangeant du jazz et un peu de hip-hop. C’est drum un peu low-fi, comme dit Axel. J’ai envie d’évoluer là-dedans, que mon live puisse passer à deux heures du matin comme dans l’après-midi.

Khalk : Franchement, je ne sais pas. Je n’en ai aucune idée, je laisse le temps venir et on verra.

SE | D’après vous, qu’est ce qui différencie un artiste qui va réussir d’un artiste qui ne marche pas ?

Mangabey : Il y a les djs qui vont passer ce que les gens veulent et ceux qui vont se démarquer. Le premier type de dj, lorsqu’il se déplacera dans un autre club sera oublié. J’ai un ami qui mixait à Toulouse, et qui avait une tracklist donnée par les patrons. Quand il est parti, à part ses potes, il n’a pas eu de reconnaissance de dj en lui-même. Le bon dj, lui, il veut faire découvrir des choses à son public.

Khalk : Ça dépend de pleins de choses, je ne peux pas répondre à cette question car il y a des djs que je n’aime pas du tout et qui réussissent et des djs que j’adore, qui ne réussissent pas. Je ne veux pas faire la langue de bois, mais je ne saurais pas quoi répondre d’autre.

SE | Et surtout qu’est ce que la réussite finalement ?

Khalk : Pour moi la réussite, c’est de jouer devant un minimum de personnes. Sauf que encore une fois, je me contredis mais je connais des djs qui ne jouent devant personne et qui sont très bons. Ça dépend pas de l’offre et de la demande, c’est vraiment très bizarre comme truc.

Mangabey : C’est au feeling du moment. En fait ce que je vous ai expliqué tout à l’heure, je ne l’aurais pas dit il y a 1 an. Tu vois des mecs dans des boîtes, ils vont jamais bouger, mais certains ne veulent pas être connu, certains le souhaitent et ça se voit. Après je pense que lorsque tu veux réussir, tu réussis. Ceux qui veulent un peu, mais qui ne marchent pas immédiatement laissent tomber. A partir du moment où tu en veux vraiment, que tu avances dans ce que tu fais, tu réussiras, c’est comme dans tous les métiers en fait ! Il y a toute une démarche derrière.

SE | Quels sont vos projets ?

Khalk : Je vais continuer à produire, il y aura peut être des surprises dans l’année qui vont tomber, j’en dis pas plus.

Mangabey : Moi c’est pareil, et je continue toujours à avancer avec le live.

SE | Un dernier mot ?

Mangabey : Amusez vous bien à nos soirées !

Khalk : Continuez à venir et à nous parler parce que ça nous fait super plaisir.

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