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Décryptage du nouvel album de Dusty Kid « Not So Green Fields »

La nouvelle année est arrivée et avec elle ses sempiternelles bonnes résolutions. Il s’agit donc ici de rattraper le retard des « nouvelles sorties » de 2015. Le disque de Dusty Kid en faisait partie. Paolo Lodde aka Dusty Kid est un producteur italien dont vous avez déjà probablement entendu parlé. En 2009, il sortait son premier album « A Raver’s Diary », qui comprenait déjà quelques pépites bien techno – dont les excellents « Lynchesque » et «  Here Come The Techno »- . S’en sont suivis une ribambelle d’EP et trois albums. « Wawy Rolling Boxes » en 2009. « Beyond That Hill » en 2011. En  2013 il diffusait en téléchargement libre « III » qu’il qualifiait «  d’expérience cinématographique à écouter les yeux bien fermés » . « Not So Green Fields » est quant à lui sorti en septembre sur le label Kompakt. Voici pourquoi ce nouveau disque est un bijou.

Cet album est chargé d’émotion. Dusty Kid manie ses outils comme un peintre manierai ses pinceaux. Il nous a monté ici un panorama audio qui regorge de détails, de couleurs et de technique. Il nous représente une plage, une forêt, une grotte. Chaque piste a son sens propre et son unicité, le début d’une nouvelle track nous faisant oublier la magie de la précédente.

[divider]Un album, 11 tracks[/divider]

The Wedding. Très courte, cette piste audio amorce le contenu du disque. Elle place le contexte. C’est léger, instrumental, vivant et inattendu.

We are the troglodytes est tribale. La voix en écho qui revient constamment forme le lead des deux premières minutes du morceaux. Ensuite, ce n’est plus que du rythme et percussions, soutenues par une longue phrase de synthé gutturale. Le sample d’un discours italien qui suit juste après n’est pas mal non plus. Petite note, cette track est plus propice à l’écoute active qu’à servir de fond sonore pour un diner entre trentenaires.

Innu. Les leads instrumentaux répétés font toute la force de la piste. Les beats sont soutenus, les breakdowns couplés à des salves de violons qui introduisent ce qui semble être une cornemuse. Petit bémol, le bruit de fond de ce passage, qui rend le drop trop bouillon. Quelle merveille si cette track c’était achevée sur une note épurée !

Fura Prana. Les premières notes font vaguement penser à Symbiose, de Joris Delacroix – avec un effet « orgue ». Et puis, on entre dans l’univers propre de la piste. En fait, sa place dans l’album est plus que parfaite. Elle vient contrebalancer l’effet « fouilli » de la fin d’Innu. Fura Prana est atmosphérique et mélodieuse. Il faut attendre 2 minutes 50 pour entendre une rythmique qui vient soutenir les longues mesures instrumentales. La combinaison parfaite de sons planants et progressifs.

Avec Masua, nous avons atterri au Paradis, où en tout cas la représentation qu’on s’en fait. Bruits de vagues, rythmes lents, samples de voix polyphoniques, Dusty Kid nous offre de beaux mélismes. On pourrait presque s’imaginer poursuivre une licorne, tout de blanc vêtu sur les plages du Paradis – sans chaussures, cela va de soi -.

Durke. Dur réveil après ce rêve onirique. Au programme pour cette track, du chant post boyz band, guitare et harmonica en accompagnement. Comme souvent les introductions sont longues. Ici, on s’élance seulement après… la quatrième minute. La piste en faisant onze, c’est tout à fait réglo. Ce morceau à quelque chose de très fragile et personnel. Comme si Dusty Kid nous donnait l’occasion de lire en lui, de connaitre ses peurs et ses faiblesses.

The Arsonist. C’est tout à fait différent. On ressent les influences type Tangerine Dream, c’est à dire la griffe électro des années 70, avec, toujours, en note de fond ces basses soutenues qui cadrent les autres voies musicales.

Doa. Cette piste est 100% chill. On croirait entendre quelque chose sur « La belle Mixtape » ou « The Sound You Need », ce genre de playlist youtube qu’on est heureux d’entendre défiler derrière soi lorsqu’on est occupé à une tâche qui accapare l’esprit. Pourtant, les leads sont si savamment orchestrés qu’on ne peut s’empêcher d’augmenter le volume, et de se laisser aller à profiter de l’instant.

Gairo Veccio 38 C. Pur figuralisme. Le son des crickets, le piano et la trompette font de cette piste la bande-son parfaite d’une longue marche en solitaire.

Arvéschida. Tout est une question de mesure pour cette avant dernière track de l’album. Techno et trance fusionnent et s’accordent pour dépeindre un sentiment d’innocente volupté.

Not So Green Fields. Très belle clôture de l’album. Si celui-si racontait une journée, avec « Not So Green Fields » on a l’impression de se retrouver entre potes, en train de regarder sur la plage un magnifique couché de soleil. Cette track n’a rien à voir avec « The Wedding » et pourtant, à l’écouter on comprend pourquoi chacune est l’alpha et l’oméga de l’album.

[divider]Nos conclusions une fois l’album écouté[/divider]

Dusty Kid est un producteur de talent. Ses musiques sont expressives et mêlent mélodies et psychédélisme, dans un cadre bien rythmé. Il serait malaisé de croire qu’un artiste ne peut se cantonner qu’à un genre bien précis. En musique électronique, les influences sont multiples et les styles évoluent vite. Les genres se succèdent, sont remis au goût du jour, transformés, fignolés, ou disparaissent. Paolo Lodde s’impose encore une fois dans une voie qu’il ne peut être que seul à défricher. Son style ? C’est lui. Sans étiquettes, sans rappels, sans faux-semblants. Sa production musicale est à suivre comme une histoire, car c’est avec ses notes et ses influences qu’il nous raconte son chemin de vie. Plus calme, plus maitrisé qu’en 2003, Dusty Kid a pris de l’âge et nous offre avec cet album un pur moment de plaisir où l’émotion nous a servi de fil d’Ariane.

Décryptage du nouvel album de Dusty Kid « Not So Green Fields »
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