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Lettre ouverte d’un producteur au monde de la musique électronique

Soirées Électroniques reste neutre à propos de cette lettre ouverte. 

Verset Zéro est un jeune producteur de musique électronique. Artiste originaire du sud de la France, il dresse aujourd’hui une lettre ouverte aux organisations françaises sur un constat alarmant concernant la musique électronique. A la suite de nombreuses organisations et soirées décevantes, Verset Zero fait part de son avis envers ce « monde qui ne reconnaît plus ».

Je vois de plus en plus de clubs, de soirées, de projets s’arrêter depuis quelques temps. Je vois une musique que j’aime par dessus tout s’immiscer dans des lieux où elle n’a objectivement pas de raison d’être. Je vois que sous prétexte que la musique électronique (dans son sens le plus global du terme) se popularise de jour en jour, on nous en sert partout. Les clichés d’antan sont, pour certains d’entre eux, bien loin de nous. Mais est-ce pour autant une bonne chose ? Cette démocratisation malsaine ou tous les artistes et les soirées deviennent consommables à la tendance du moment, nous montre clairement que cette musique n’est plus vraiment « underground ».

Je suis attristé de voir qu’en 2015, si tu n’intègres pas un synthétiseur modulaire à une de tes productions « tu n’as rien compris a la techno ». Voir des « pseudos artistes » se vanter d’une finesse musicale qui ne dépassera finalement que rarement celui de la musique électronique « tendance ». Voir des artistes légendaires consommables, il y a 4 ans, on troquait un Robert Hood pour un Joseph Capriati, alors qu’aujourd’hui il est à nouveau « IN », triste constat. Il n’y a plus de réelle cohésion du public ou l’envie de découvrir, on va voir tel ou tel artiste parce que: « il a joué à la Concrete » ou « c’est le résident du Berghain » on entend de plus en plus de « Non désolé, j’écoute de la vrai Techno pas de la House poubelle », mais savent-ils d’où vient la musique qu’ils chérissent tant?

Etre producteur et ou organisateur, qu’on l’admette ou pas, « c’est trop la classe » et c’est la « mode ».

Quand je vois des soirées dites « underground » ou autres s’organiser dans des salles de concerts Rock qui ont une histoire, des bars, des pubs généralistes, des jardins privés, etc… et peu à peu brouiller les pistes et tuer l’esprit de tels lieux mais aussi de cette musique, je peux comprendre que certains clubs (ou autres) voient leurs publics déserter le « dancefloor » tant il y’a de la concurrence et que « Tout le monde veut organiser ce genre de soirées partout ». J’aime la musique électronique, comme j’aime les musiques extrêmes, mais je déplore le fait que désormais cette musique soit dans un tourbillon d’égocentriques qui ne pensent qu’à leurs 5 minutes de gloire et aux bénéfices qu’ils vont pouvoir se faire en organisant une soirée dans un lieu inapproprié.

Dans un monde ou faire partie de la nuit est devenu « cool », utiliser la carte bancaire des parents, faire des line-ups incohérents, tout cela dans le seul but de faire partie de ce milieu est devenu chose commune, à défaut d’avoir du talent, je dilapide l’argent familial. Ou encore « les artistes » n’ayant pas la chance d’être bookés par de vrais promoteurs ou associations vont eux même monter leur structure pour pouvoir jouer. Quand on voit à partir de quand les gens se considèrent comme « artiste », comment leur authenticité et leur goût vont changer en fonction de la tendance musicale du moment, on est en droit de se poser quelques questions.

Ces phénomènes tuent les vrais acteurs de ce milieu, ceux qui croient réellement en la musique.

Heureusement, quelques artistes et structures ont su garder leur authenticité et on a vu naître de nouveaux acteurs de ce milieu dans une optique beaucoup plus pure. Les gens ont tendance à oublier que c’est avant tout une question de passion et de culture. On est dans une période où ce ne sont plus les artistes les plus talentueux qui auront la chance de jouer, mais ceux qui feront la meilleure promotion ou qui auront un intérêt notoire pour toi dans un futur plus ou moins proche. Les promoteurs ne veulent plus prendre de risque et faire jouer de vrais jeunes artistes qui ont un univers, des années de pratique que ce soit en live, en production ou les deux, mais ceux qui leur permettront de faire le plus d’entrées.

Combien de personnes talentueuses sont misent de côté parce qu’elles ne sont pas viables quantitativement parlant. On ne choisit plus un « artiste » en fonction de son talent mais du nombre de like sur sa page facebook. Et à l’heure où on se considère producteur après avoir publié 3 productions sur un « label usine » et avoir appuyé sur « sync », le choix est large.

L’hypocrisie pullulante de ce milieu a commencé à me détruire. Mais l’amour que je porte à la musique sera toujours plus fort que le reste et si via la noirceur de mon travail, j’arrive à partager cet amour destructeur, j’aurai réussi mon pari.

Verset Zero

On le retrouvera très prochainement sur le label basé à Valencia : Subsist, pour son tout nouvel album « Obscura Manuscript ». Influencé par l’uk house, l’acid, le black metal et la techno de détroit, cet opus sera ainsi composé d’une dizaine de morceaux, le fruit de 3 années de travail. A suivre.

www.soundcloud.com/versetzeromusic
www.facebook.com/versetzero

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